Vanished
Vue de l'exposition
Vanished
Vue de l'exposition
Vanished
Vue de l'exposition
Vanished
Vue de l'exposition
Vanished
Vue de l'exposition
A portrait of Emily Dickinson (they loved my bouquets more than my poems), 2012
Pauline CURNIER-JARDIN
A portrait of Emily Dickinson (they loved my bouquets more than my poems), 2012
Dessin et sac plastique
85 x 45 cm
Pièce unique
Signé
Unglee laisse son nom à une tulipe, 1993-1995
UNGLEE
Unglee laisse son nom à une tulipe, 1993-1995
Dix ans de disparitions
Tirage argentique RC noir et blanc marouflé sur aluminium monté sur chassis
135 x 96 cm
Pièce unique
Symbiose, 1972
Tetsumi KUDO
Symbiose, 1972
Assemblage d'objets divers
29.5 x 16 x 11 cm
Pièce unique
Signé
Poupée 2, 1963
Pierre MOLINIER
Poupée 2, 1963
Tirage argentique d'époque
Image : 30,3 x 22,1 cm
Encadrement : 51 x 41 cm
Pièce unique


Si, de la leçon de Montaigne on retient qu'il est erroné de craindre la mort, passage à l'exemption de toutes peines, il ne nous est pas si facile d'accepter la réalité évidente pourtant que déjà, d'autres que nous, attendent en coulisse, pour prendre place sur le théâtre et jouer leur rôle dans cette même pièce recommencée.
Du cycle des saisons, lorsque l'on sème en vue de la récolte dans l'attente joyeuse de l'éclosion déjà attendue, les œuvres de l’exposition Vanished, en écho à l’époque, retiennent une anticipation inquiète et contenue. Les saisons, c'est le micro cycle à l'intérieur du grand cycle de la nature, à la régularité de moins en moins précise sous nos modérées latitudes, le spectacle qui ravit ou désole dans une vision anthropique, une course accélérée de notre vie terrestre. Douceur, amertume : cueillir la fleur en son jardin, comme un écho aux mots de la consolation à Du Perrier, par Malherbe dont le nom résonne ici singulièrement :
Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses
L’espace d’un matin.
(Consolation à M. du Périer, 1599, François de Malherbe)

Dans un parcours printanier, regarder donc en fast/forward: le cycle des saisons, une histoire naturelle en fonction autoreverse. La nature anthropisée des fleurs de Tetsumi Kudo ou d’Alina Szapocznikow, témoigne d’un arrangement qui n’est pas plus celui des inventaires que celui des compositions, et c'est dans un sens bien particulier que nos artistes se feraient fleuristes, botanistes, cueillant pour épingler des éléments épars de nos vies et de nos artifices. Que cache le recouvrement d’une planche d’Orchidée chez Mimosa Echard? Qu'est ce qui poussait un Unglee à la monomanie dans l'attachement à la tulipe? Où est l'origine de la passion des plantes grasses du pataphysicien Peillet? Rétive fleur de cactus, quel récit pourrais tu donc nous conter ?

Disparaître, tout doit disparaître: foin de promenade sur un air guilleret, le pas leste, à l'heure des générosités de la nature.. En somme, notre promenade naît d'un pas de côté par rapport à l'invitation au "carpe diem", où il est tout autant question de cueillir l'instant qu'on sait nous échapper dans sa fugitivité (Pierre Molinier), que de recueillir quelques leçons d'un air du temps, comme cet air de la ville qui rend libre, air vicié, air rédempteur, air au souffle puissant de la néomanie.

Une promenade, un printemps, très attendu lorsque l'hiver semble ne vouloir pas laisser sa place.

Oui la graine doit mourir, comme nous apprenons (mal) qu'il nous faut mourir à ce qui nous empêche de progresser, de réinventer, de renaître au monde nouveau. Mais lors, Plutôt cueillir la fleur d'une intranquillité... suivre le pistil du doute (Hélène Delprat)

La lumière du printemps n'attendrit pas tous les cœurs, lorsque les pulsations du monde donnent un tempo peu propre aux abandons mièvres. (Véronique Boudier). Il y a pourtant, avec celle de l'hiver, d'autres suspensions, qui permettent au regard de se poser, autrement.

Nos artistes ne peuvent nous mettre à l'heure d'un printemps sans angoisse (Pauline Curnier-Jardin), et dans l'ambiguïté apparition/disparition, ils font très sensiblement pencher la balance vers la seconde (le témoignange du pêcher en fleur de Pommereulle au salon de Mai 1966). Laurent Pernot dont le travail se tient sur la crête entre survivance et disparition, n'annihile certes pas la charge poétique de l'arbre et de ses promesses de floraison, mais rien d'une célébration enthousiaste et légère, ce qui est retenu c'est à la fois le fugace, ce qui nous dépasse irrémédiablement.

Et flottent dans cet air de printemps, quelques mots pas si consolants:
Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses
L’espace d’un matin.