One Step Beyond // Focus on New Photography
Vue de l'exposition
One Step Beyond // Focus on New Photography
Vue de l'exposition
One Step Beyond // Focus on New Photography
Vue de l'exposition
One Step Beyond // Focus on New Photography
Vue de l'exposition
Arctic Landscape (Trees), 2014
Hannah WHITAKER
Arctic Landscape (Trees), 2014
Impression pigmentaire
Image : 128 x 102 cm
Edition de 3 ex + 2 AP
Badlands Utah Concrete Bend, 2014
Letha WILSON
Badlands Utah Concrete Bend, 2014
tirage C Print unique, transfert d'émulsion, béton et cadre en aluminium
Image : 87 x 76,8 x 5,1 cm
Pièce unique

One Step Beyond // Focus on New Photography

06.09.2014 - 23.09.2014

Main space

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Longtemps, la nature indicielle de la photographie a été au cœur des discours théoriques sur le médium. Pour Rosalind Krauss comme Roland Barthes, Henri Van Lier, Philippe Dubois et tant d’autres, la relation de contiguïté entre l’image et son référent constituait l’un des fondements ontologiques de la photographie. Aujourd’hui, une image photographique n’est plus nécessairement la trace d’un « ça a été ». La révolution numérique est passée par là, bouleversant la donne en libérant le médium de son assignation à représenter le réel.

Longtemps, la nature indicielle de la photographie a été au cœur des discours théoriques sur le médium. Pour Rosalind Krauss comme Roland Barthes, Henri Van Lier, Philippe Dubois et tant d’autres, la relation de contiguïté entre l’image et son référent constituait l’un des fondements ontologiques de la photographie. Aujourd’hui, une image photographique n’est plus nécessairement la trace d’un « ça a été ». La révolution numérique est passée par là, bouleversant la donne en libérant le médium de son assignation à représenter le réel.

De là à ce que « l’humble servante des arts » (et de bien d’autres choses encore) existe enfin pour elle-même, il n’y avait qu’un pas. Les artistes de l’exposition One Step Beyond  l’ont franchi. Venus de divers horizons, ils ont tourné le dos au dogme de l’indiciallité, reconnaissent à la photographie d’autres qualités et - même si parfois ils la malmènent comme pour mieux en comprendre l’essence - ils la considèrent pour ce qu’elle est aussi : un matériau à travailler, un objet autonome qui se déploie dans l’espace, s’affranchit de son cadre, offre une surface dotée de profondeur.


Ainsi, si Hannah Whitaker est restée fidèle à l’argentique, elle instaure une distance critique envers l’objet représenté en plaçant des caches devant le film au moment de la prise de vue. La photographie ainsi obtenue semble acquérir une troisième dimension qui perturbe notre perception et nous rend conscients du fait que toute capture d’image résulte d’un dispositif plus ou moins élaboré. Jordan Tate semble opérer avec le même type de retournement puisque ses œuvres tendent à pointer vers les processus mis en jeu dans le flux de travail qui les fait émerger : explorant différents aspects du making of  de la photographie retravaillée en numérique, il met en évidence ce qui habituellement n’apparaît pas. Dans son installation photographique New Work  #169 , l’image se fait sculpture - tautologique qui plus est - mais préserve son intégrité puisqu’elle conserve sa matérialité qui est la légèreté du papier. Ce glissement vers une spatialité de l’image est aussi à l’œuvre chez d’autres artistes, telle Letha Wilson dont les photographies de paysages américains se muent en matériau qu’elle remanie, pétrit, éprouve pour créer du signifiant. De même, les pièces de Constance Nouvel, Décors XIII et les Persistants, tirages argentiques sur plâtre, semblent se jouer de différents espaces, ceux de la réalité, de la représentation imagée, du support tridimensionnel dans lequel l’image s’insère de manière dialectique et poétique. Loin de cette élégante simplicité, les pièces de Kate Steciw apparaissent à première vue plus complexes, pour ne pas dire délirantes ! L’artiste travaille à partir de photographies commerciales issues de banques d’images et de sites de vente en ligne qu’elle collecte en utilisant les mots-clés attachés aux métadonnées. Ces images sont ensuite fragmentées, déformées par des logiciels, puis redécoupées et rassemblées dans de grandes compositions abstraites proches du collage ou de la peinture. Rien ne perce de ces enfouissements de photographies triturées accompagnées de leurs mots-clés, sinon des formes, des textures et des couleurs éclatantes, séduisantes et triviales, comme si de l’imagerie publicitaire l’artiste s’était évertuée, par une alchimie numérique, à extraire la substantifique moelle. Enfin, l’Allemande Christiane Seiffert adopte une approche fort différente, décalée et proche de la performance : elle se photographie « en carte postale », devenant indifféremment un paysage urbain, un fauteuil, une orchidée ou une prise de courant, suggérant que ce n’est plus à l’image mais au corps de l’artiste qu’incombe la fonction mimétique de la photographie. Par ce déplacement absurde et le choix d’une esthétique « trash », proche de l’amateurisme, elle semble moquer « la belle image » et la capacité de la photographie à être fidèle à la réalité. Non, ce n’est plus une représentation du réel que les artistes réunis dans cette exposition nous invitent à regarder, mais c’est la photographie même ; « Hey you, don’t watch that, watch this ! » semblent-ils nous dire, comme dans l’injonction qui introduit le célèbre - mais un peu oublié - morceau du groupe Madness, One Step Beyond .

Isabelle Le Minh