Peintre-sculpteur, peintre-photographe, Pablo Tomek est aussi peintre-peintre. C’est ce qu’il nous rappelle en prolongeant sa série de tableaux réalisés à l’éponge, qui empruntent leurs sujets et leurs techniques aux pratiques ouvrières, du blanc de Meudon étalé sur les vitres des chantiers, à la pratique de l’effacement des graffitis dans l’espace public, au karcher. Présentés « au coude à coude, comme une frise », Tomek rappelle son attachement pour ces écritures accidentées. Autant de signes amateurs et anonymes de la rue, dont Brassaï disait : « Graver son nom, son amour, une date, sur le mur d’un édifice, ce « vandalisme » ne s’expliquerait pas par le seul besoin de destruction. J’y vois plutôt l’instinct de survie de tous ceux qui ne peuvent dresser pyramides et cathédrales pour laisser leur nom à la postérité. »

Tomek précise : « A la différence de mes premiers tableaux, ces motifs et messages ne sont plus des prétextes à une abstraction, mais purement reproduits, et dictent la compositions du tableau. Ces signes que j’utilisais comme des intrusions dans la composition des tableaux, sont devenus le sujet même de la peinture ». On retrouve ici l’idée de l’imprimante: Tomek poursuit sa tentative de faire de la peinture une photographie, et de la photographie une peinture. Le geste du peintre devient alors quasi-photographique, un scan post-produit d’effets, de filtres bien rodés par l’artiste.

Pablo Tomek a toujours rejeté le label du Street Art pour définir son travail. Entendu aujourd’hui avec les réseaux sociaux, la presse grand public, les maisons de ventes aux enchères, le mouvement évoque dans l’imaginaire collectif une forme de mauvais pop art, kitsch et inoffensif. Pablo Tomek, lui, vient du graffiti, une démarche cryptée, sournoise, risquée, clandestine. Un milieu où il a fait ses armes en cassant les codes. Mais la définition du Street Art par Pierre Restany à propos de Karel Appel pourrait semer le trouble : «(Karel Appel) assimile le « street art », le « Throw away Art », l’art de la rue, du déchet, des objets que l’on jette, à un jeu métaphorique, à une récréation dans la re-création. Il est modeste, car il sait que ce jeu-là est l’essence même du monde : cet objet industriel de rebut, tel qu’il le « traite » après l’avoir pris au moment de l’épuisement de son stade fonctionnel, il le sort du néant de l’obsolescence pour l’élever à une dimension de pleine expressivité nouvelle, poétique et humaine. Il humanise et poétise le produit standard de la machine, l’objet usé, consommé, jeté, perdu : c’est le retour de l’enfant prodigue. »