Les groupes sculpturaux grandeur nature réalisés en Styrofoam et en mousse de polyuréthane constituent le cœur des vingt-cinq années de travail de Folkert de Jong, aujourd’hui âgé de 50 ans. Il s’agit de matériaux utilisés habituellement dans la construction, l’architecture et la scénographie. Avec ces moyens, De Jong crée des tableaux vivants complexes de mondes grotesques, ayant pour thème le pouvoir, la violence, la catastrophe et les aspects inconfortables de la condition humaine. Intrigué par les profondeurs de l’âme, l’artiste entraîne le spectateur dans son univers personnel, où le bizarre et le vulnérable se rejoignent.
Dans son travail, Folkert de Jong fait de fréquentes références à l’histoire (de l’art) et les combine avec des enjeux sociaux et politiques contemporains, intégrant également l’univers cinématographique des films underground. L’ensemble donne une perspective post-apocalyptique. Par l’usage du Styrofoam — alternativement bleu pâle et rose pâle — et de la mousse polyuréthane — jaune clair — les sculptures de De Jong possèdent un caractère chromatique très spécifique. Plus tard, l’artiste a également commencé à peindre la mousse avec d’autres couleurs, mais les tons bleus et roses restent dominants. Les œuvres semblent, au premier abord, rugueuses et inachevées, mais, à y regarder de plus près, elles regorgent de détails qui, même s’ils restent esquissés, témoignent d’une grande précision. De Jong mise pleinement sur la force de la suggestion. Les figures étant généralement de taille humaine, souvent même avec l’artiste lui-même comme modèle, le spectateur peut s’y identifier et se laisser absorber par les scènes qui se déroulent devant lui.
Dans son entretien avec Melchior Jaspers De Jong déclare :
« Je ressens une urgence physique à créer quelque chose, quelque chose qui émane de mon corps et de mon esprit, et que je souhaite ensuite offrir au public. Cette lutte est un conflit. J’ai une idée et une sensation d’une œuvre, et je veux l’exprimer avec mes mains. Je veux que ces mains puissent travailler de manière aussi libre et intuitive que possible, tout en gardant, d’un autre côté, le contrôle sur ce dont l’œuvre parle et sur son apparence. Pour moi, la création artistique commence par une idée ou un plan. Ensuite, je commence à fabriquer. Dans ce processus, arrive un moment où je ne sais plus ce qui est en train de se former. C’est un moment nécessaire, qui améliore l’œuvre finale. En perdant le contrôle, j’entre dans une sorte de « flow créatif ». Il ne m’est jamais arrivé de réaliser un projet en suivant aveuglément un dessin. »
