« Pour lui, l’existence ou la non-existence, l’identité et la société ne sont rien d’autre qu’une illusion. Seule la pulsion sexuelle est réelle et elle n’a pas besoin de s’atténuer à travers un quelconque filtre, car elle est unique et tout-puissante. Molinier est l’une des rares personnes que je connaisse qui était si joyeuse qu’il a réussi à transformer son propre suicide en un acte ludique, en annonçant sa date, comme un rendez vous avec lui-même, la vie, la mort, la naissance, le plaisir. Tout en un. Et des images pour couronner le tout. »

 

Gaspar Noé, dans le texte de l’exposition « Pierre Molinier : Le fétichisme », Galerie Christophe Gaillard, 2018.

 

 

Pierre Molinier est né à Agen en avril 1900. Jusqu'à l'âge de 50 ans, il travaille à Bordeaux en tant que peintre en bâtiment, comme son père. Dans sa jeunesse, il peint des portraits et des paysages à la touche post-impressioniste. Il expose régulièrement et participe à la création d’un salon des indépendants bordelais en 1928. Son père se suicide en 1944. Dans les années 1940, sa peinture évolue vers l’ésotérisme. Il peint sa première œuvre érotique en 1948 et, en 1951, Le Grand Combat, qui représente des corps contorsionnés et des membres enlacés. Jugé indécent, le tableau est voilé lors de l’exposition et devient pour Molinier le motif d’une rupture fracassante avec la société bordelaise. En 1955 commence une intense correspondance avec André Breton, qui expose l'année suivante ses œuvres dans la galerie À l’Étoile scellée à Paris. Molinier participe à plusieurs numéros de la revue Le Surréalisme, même. Dans les années 1960, parallèlement à la peinture, il développe sa pratique photographique, tournée vers l'auto-érotisme et l'androgynie, qu'il avait initiée dès le milieu des année 50 au travers d’autoportraits et de photomontages, dans le huis clos de son appartement bordelais. Il collabore avec Emmanuelle Arsan, qu’il considère comme son double féminin, et Haenel Koeck proche des actionnistes viennois. En 1969 paraît chez Jean-Jacques Pauvert l’album Molinier. En 1975, il réalise une série de photos avec Luciano Castelli. Son fils meurt cette même année. Pierre Molinier met fin à ses jours à Bordeaux, en mars 1976. Véritable testament artistique, Le Chaman et ses créatures (1995), ouvrage auquel il s’est consacré vingt années durant, regroupe dessins, peintures et photomontages.