Maria Jarema. Cracked modernism jette un nouvel éclairage sur l’une des figures les plus originales de l’art moderne polonais de l’entre-deux-guerres et de l’après-guerre. Maria Jarema a étudié la sculpture à l’Académie des Beaux-Arts de Cracovie, où elle a obtenu son diplôme en 1935. Très tôt, elle a rejoint un milieu d’avant-garde politiquement engagé, farouchement opposé aux normes académiques. En 1933, elle fut l’une des membres fondatrices du Premier Groupe de Cracovie – une plateforme d’une importance capitale pour la génération moderniste émergente. Entre 1934 et 1939, elle collabora également avec Cricot, un théâtre expérimental dirigé par son frère Józef ; elle y était scénographe, costumière, marionnettiste et comédienne.
Dès les débuts de son parcours artistique, Jarema s’est inscrite dans le modernisme international, en adoptant son langage commun d’abstraction post-cubiste et en s’inspirant du surréalisme et de l’expressionnisme. Dans l’après-guerre, elle a revendiqué la liberté artistique, refusant de se plier aux diktats du réalisme socialiste et s’exilant en interne jusqu’en 1954. Alliant l’accent sur la corporéité et l’expression de soi propre au surréalisme à la recherche de l’autonomie formelle de l’art abstrait, Jarema a commencé à expérimenter la technique du monotype en 1949. Cette technique lui a permis d’articuler le concept de l’individualité en tant que totalité, ainsi que le champ impossible, fragmenté et fissuré de multiples agressions, tant intérieures qu’extérieures.
Les commissaires décrivent le langage artistique qu’elle a développé comme un « cracked modernism ». L’œuvre de l’artiste peut être interprétée comme une exploration des différentes situations dans lesquelles se trouvent le corps et le sujet : de l’expérience individuelle aux relations entre deux personnes et au sein de la famille, jusqu’au fonctionnement au sein d’une communauté plus large. L’exposition est organisée selon cette échelle croissante — l’individu, le couple, la famille, la multitude —, montrant comment les tensions sociales et les processus de fragmentation et de rupture du sujet émergent dans les représentations de soi. Elle présente également des œuvres d’artistes polonais, français, suisses et italiens avec lesquels elle entretenait un dialogue conflictuel.
L'exposition permet de mieux comprendre la pratique artistique et le processus créatif propres à Jarema en présentant son œuvre aux côtés de celles d'artistes polonais, français, suisses et italiens qu'elle admirait et dont elle s'inspirait.
Avec les oeuvres de Jean-Michel Atlan, Jean Deyrolle, Gillo Dorfles, Maurice Estève, berta Grünberg, Hans Hartung, Jean Hélion, Józef Jarema, Tadeusz Kantor, Alfred Manessier, André Masson, Henri Matisse, Erna Rosenstein, Jonasz Stern, Pierre Tal-Coat, Jean Tinguely, Victor Vasarely, Zygmunt Waliszewski, Eugeniusz Waniek, Henryk Wiciński, Henryk Wiciński.
Commissariat : Éric de Chassey, Natalia Sielewicz
