Marina Gadonneix & Isabelle Le Minh

La photographie à l'épreuve de l'abstraction. CPIF - Centre Photographique d'Île-de-France, Pontault-Combault (FR).

27 Septembre - 13 Décembre 2020

 

 

La Photographie à l'épreuve de l'abstraction

Exposition collective

Avec les œuvres de : Anne-Camille Allueva, Driss Aroussi, Mustapha Azeroual, Eric Baudart, Camille Benarab-Lopez, Jesús Alberto Benítez, Walead Beshty, Juliana Borinski, Broomberg & Chanarin, Michel Campeau, David Coste, Philippe Durand, Nicolas Floc’h, Marina Gadonneix, Jean-Louis Garnell, Isabelle Giovacchini, Lukas Hoffmann, Karim Kal, Anouk Kruithof, Isabelle Le Minh, Chris McCaw, Constance Nouvel, Aurélie Pétrel, Diogo Pimentão, Sébastien Reuzé, Evariste Richer, Meghann Riepenhoff, Alison Rossiter, Doriane Souilhol, Laure Tiberghien, Wolfgang Tillmans, Thu-Van Tran et James Welling.
 

Réalisée conjointement par le Frac Normandie Rouen, le Centre Photographique d'Île-de-France, et Micro Onde - Centre d'art de l'Onde, l'exposition La Photographie à l'épreuve de l'abstraction dresse un panorama des relations entre photographie et abstraction dans la création contemporaine. Elle est conçue simultanément dans chacun des trois lieux.

Cet enjeu majeur et actuel dans le domaine de la photographie n'avait jusqu'à présent bénéficié d'aucune exposition d'importance en France. Liée à l'évolution du statut de l'image comme à l'essor des nouvelles technologies depuis les années 1980, une véritable tendance à l’abstraction parcourt aujourd’hui une pluralité de démarches, présentées au sein des trois expositions complémentaires.

Au CPIF, des approches résolument formalistes sont proposées. 

 

L’accrochage prend notamment comme matrice le spectre lumineux, qui a animé les chantres de l’Abstraction picturale au début du XXe siècle, confrontant tout autant les techniques issues de l’ère numérique que les manipulations argentiques des plus anciennes.
Des piezographies de David Coste aux gommes bichromatées de Mustapha Azeroual, des photogrammes de James Welling aux expérimentations chromogéniques de Philippe Durant et Laure Tiberghien en passant par  les cyanotypes de Megahnn Riepenhoff jusqu’aux impressions sur latex d’images internet d’Anouk Kruithof, les artistes rivalisent d’inventivité protocolaire pour développer un nouveau vocabulaire. 

Ainsi surfaces, volumes, espaces et couleurs captés deviennent les sujets, souvent ambigus, de compositions aux rendus abstraits, bien que certaines photographies restent descriptives avec Jesús Alberto Benítez ou renvoient au documentaire chez Karim Kal et Broomberg & Chanarin. D’autres restituent le seul jeu de la lumière, de la chimie et de la matière du support, allant jusqu’à prendre des formes sculpturales ou installatives comme chez  Anne Camille Allueva et Sébastien Reuzé

Si dès l’origine de la photographie, le motif non figuratif, l’objet méconnaissable, les espaces dépourvus de tout repère sont présents dans la production d’image, les propositions artistiques actuelles manifestent un regain d’intérêt pour ces esthétiques abstraites, mais ambivalentes, ouvrant des perspectives susceptibles de renouveler le genre. 
À travers tout un vocabulaire de formes, mis ici en valeur par une présentation reprenant le cercle chromatique, les artistes développent une réflexion autant sur la notion de réel que sur les mécanismes de production d’image, sur son éventuelle redéfinition, voire sur sa potentielle « sortie ». 

 


 

 

Autour de l'exposition :

· Vernissage public
Samedi 26 septembre 2020

À l’occasion des vernissages des expositions, le CPIF et Micro Onde - Centre d'art de l'Onde mettent en place une navette gratuite sur réservation.
Départ à 14h de la Place de la Bastille, arrivée au CPIF à 15h, puis départ pour Micro Onde - Centre d'art de l'Onde à 17h. Retour estimé à Paris vers 20h30. 


· Journée d’étude au Panorama XXL à Rouen
Mercredi 28 octobre 

Journée d’étude proposée par le Frac Normandie Rouen en collaboration avec l’ESADHaR-Campus de Rouen

 

 

Au Frac Normandie Rouen, deux axes bien distincts sont privilégiés. Un premier temps amorce l’apparition d’une sorte d’archéologie de la photographie, d’une quête de l’image originelle, de ses épreuves scientifiques jusqu’à l’apparition d’une iconographie propre à la photographie argentique que ce soit à travers les First Successful Permanent Photographs de Pauline Beaudemont ou les plaques daguerréotypes réutilisées par Hanako Murakami. Cette recherche se prolonge à travers des développements purement formels (les papiers froissés de Walead Beshty, les plaques translucides de Barbara Kasten) qui trouvent leur pleine expression dans les espaces du CPIF

Par opposition, un deuxième mouvement rassemble – toujours au Frac – des artistes dont la quête d’abstraction passe par des approches avant tout liées aux procédés technologiques. Si, dans la lignée du photographe américain Alfred Stieglitz et des peintres impressionnistes, une référence à la nature et au paysage abstrait se fait encore sentir chez Shannon Guerrico et Taysir Batniji, une nouvelle esthétique voit le jour davantage motivée par les plus récentes possibilités technologiques que donnent à voir les pixels d’Adrian Sauer (Schwarze Quadrate) ou les diagrammes algorithmiques de Thomas Ruff (Zycles). Les techniques liées à l’impression chez Wade Guyton, Evariste Richer et Pierre-Olivier Arnaud comme la création de programmes informatiques des plus performants et détournés pour Stan Douglas et Xavier Antin permettent aux photographes de développer un nouveau langage, sans plus de référent apparent au monde matériel. 
La photographie semble alors avoir acté son basculement définitif dans le « purement abstrait ». 

 



À Micro Onde - Centre d'art de l'Onde, l’axe développé relève d’une approche résolument expérimentale et matériologique de la photographie. L’exposition prend pour ancrage l’activité photographique du célèbre dramaturge suédois August Strindberg – qui s’est livré dès la fin du XIXe siècle à l’étude de cristaux et de ciels nocturnes donnant lieu à ses célèbres Cristallographies et Celestographies ou photogrammes de cristaux et de ciels. Il s’agit, à l’appui de ces premières expériences historiques, de sonder des pratiques artistiques contemporaines qui investiguent la matérialité de l’image, l’imagerie scientifique tout autant qu’un autre rapport au paysage.

Plus les artistes scrutent le monde physique, plus la représentation s’efface et cède la place à l’abstraction : des photographies de stalagmites de Dove Allouche (Pétrographies) aux photographies sous-marines de Nicolas Floc’h (Paysages Productifs) en passant par la recréation de phénomènes physiques en laboratoire de Marina Gadonneix (Phénomènes) ou optiques de Sarah Ritter (L’Ombre de la Terre). À l’inverse, plus les artistes scrutent les propriétés physiques de l’image, plus des formes abstraites mais connotées renvoient au paysage : peinture sur diapositive dans l’installation sérigraphique de Francisco Tropa (Puit), photographie produite uniquement par le jeu de la lumière et de la chimie alors que l’on croirait un fluide chez Wolfgang Tillmans (Urgency VI).

 

Une dernière image matériologique clôt l’exposition à Micro Onde (la vidéo Film Proyección d’Ignasi Aballí). Elle renvoie à l’expérience sensorielle et visuelle de l’éblouissement, dans le sillage des expérimentations sensorielles particulièrement fécondes pour dépasser la vision classique du monde aux origines de l’abstraction picturale. Ce motif est d’ailleurs commun aux trois expositions dans les photographies de Zoe Leonard (Sun photographs) au Frac Normandie Rouen ou dans celles de Sébastien Reuzé (Soleil#04-28-F08 et Soleil#06-14-F09) au CPIF.

 

 

Septembre 27, 2020
sur 211