Michel Journiac

Bourse de Commerce - Pinault Collection, Exposition Inaugurale, Paris (FR)

24.05.2021 - 31.12.2021

 

C’est en 1977 que le critique Douglas Crimp donne son nom à la « Picture Generation », dont font partie Cindy Sherman, Louise Lawler, Richard Prince et Sherrie Levine. Dans leurs recherches, l’image photographique n’est plus seulement un résultat mais l’étape d’un processus critique faisant intervenir des gestes tels que l’appropriation, la mise en scène, le recadrage ou la citation. Chez Martha Wilson, pionnière de l’art féministe aux Etats-Unis, et en France chez Michel Journiac, la photographie devient une arme dans la lutte contre les stéréotypes qu’elle a, dans d’autres contextes, contribué à établir. Sous forme d’installations photographiques et non plus d’images autonomes, ces œuvres témoignent d’un travail expérimental, d’une investigation de notre lecture des images.  Michel Journiac, Louise Lawler, Richard Prince, Sherrie Levine, Cindy Sherman et Martha Wilson rompent avec l’usage de la photographie comme simple enregistrement du réel. L’image photographique n’a plus valeur de preuve. Ainsi libérée, elle « fictionne », brouille les notions d’identité, s’ouvre de nouveaux questionnements sur l’art, le genre, l’identité.

 

Michel Journiac

Né à Paris en 1935 et mort en 1995, Michel Journiac est l’un des inventeurs de l’art corporel. A la fois poétique et subversif, son œuvre déploie une réflexion critique sur nos valeurs et usages sociaux par une pratique de la performance et de la photographie. Entré de manière spectaculaire et provocatrice dans le monde de l’art avec sa Messe pour un corps (1969), Journiac distribue de fausses hosties faites de boudin réalisé avec son propre sang. Ses oeuvres et ses actions visent à renverser les rituels conditionnant les corps en objets modelables à souhait par la société. Le travestissement apparaît comme un moyen pour lui de remettre en question l’identité, les rituels et les codes qui conditionnent les corps et les individus.

En 1974, il se travestit pour vivre une journée de la vie d’une femme et accomplir ses tâches quotidiennes : 24 heures de la vie d’une femme ordinaire fait un usage novateur de l’image photographique. Divisée en deux sous-séries, Réalités et Phantasmes, l’oeuvre rend compte d’une « action photographique » en jouant de l’esthétique du roman-photo, la première série montre une « bourgeoise » qui tente de s’émanciper par le travail, tout en s’astreignant aux tâches ménagères. La seconde donne à voir les fantasmes - rêves ou cauchemars - que cette femme ordinaire peut nourrir dans le secret de son quotidien. Parodiant les clichés véhiculés par les magazines, la TV, le cinéma, Journiac surjoue ces gestes banals, stéréotypés, caricaturant le rôle de la femme dans les années 1970, encore asservie au foyer et à son mari. Au-delà du travestissement parodique, Michel Journiac construit une image transgenre, manifeste pour un corps remettant en cause la norme et mettant en avant diverses beautés, de la prostituée à la femme d’intérieur.

Mai 24, 2021
13 
sur 230