Créature mythique, la licorne a longtemps été considérée comme réelle. Animal inaccessible, indomptable et extraordinaire, elle inspire les artistes depuis l’Antiquité. Marco Polo lui-même dit en avoir croisé une au cours de son voyage en Asie. Si l’époque moderne se résout à admettre son caractère légendaire, la licorne reste présente dans l’imaginaire des petits comme des grands et a laissé des traces profondes dans l’histoire de l’art.
Pour les découvrir, le musée de Cluny, où sont conservées les célèbres tapisseries de la Dame à la licorne, constitue un écrin idéal. L’exposition, composée de 9 sections thématiques, revient sur les multiples aspects de la licorne à travers une sélection d’une centaine d’œuvres.
Créature universelle, on croise la licorne dans la vallée de l’Indus vers 2000 avant notre ère sur un sceau gravé ; en Chine au cours de la dynastie des Han (Qilin sculpté vers 206-220) ; ou sur un plat en faïence du XVIIe siècle provenant de Turquie (Plat avec licorne, cerf et lion). À la fin du XVe siècle, Bernhard von Breydenbach, chanoine de la cathédrale de Mayence, la décrit parmi les animaux exotiques qu’il a rencontrés lors d’un pèlerinage en Terre Sainte (Le saint voyage vers Jérusalem).
La licorne peut être à la fois sauvage comme sur une couronne de Torah en argent de 1778, et guérisseuse, puisque sa corne est dotée de vertus purificatrices. Ainsi, le « Danny Jewel » conservé au Victoria and Albert Museum est réalisé vers 1550 pour contenir un fragment de corne de licorne – en réalité de la dent de narval – à mettre en contact avec ses aliments pour se prémunir de tout poison. Alors que la licorne est parfois agressive et inquiétante, comme sur un aquamanile conservé au musée de Cluny, elle peut également se faire tendre et amoureuse, comme sur une huile sur toile vénitienne de 1510 environ (Femme et licorne, conservée au Rijksmuseum).
La créature fantastique revêt de nombreuses significations symboliques. Elle est présente dans l’iconographie chrétienne, où elle peuple le Paradis. Dans de nombreuses œuvres du Moyen Âge, elle symbolise le Christ venant se ressourcer dans le giron de sa mère, comme dans un tableau sur verre du musée de Cluny où une jeune fille accompagnée d’une licorne surmonte une scène de Vierge à l’Enfant. Elle représente aussi l’amant malheureux, trahi par son amante lors de la chasse à la licorne. Aussi bien virginale qu’érotique, la licorne au Moyen Âge est investie de sens différents, qui nous semblent aujourd’hui opposés mais qui n’étaient pas jugés contradictoires à l’époque médiévale.
La fascination pour la licorne se traduit dès l’époque moderne dans les cabinets de curiosité des princes ou orne le mobilier des grandes demeures. Le Rosenborg Castle de Copenhague conserve une chope, réalisée après 1656 en dent de narval et décorée de petites licornes en argent. Ces objets investissent les cabinets comme des éléments exotiques, au moment même où scientifiques et 3naturalistes démystifient le mythe de la corne de la licorne et comprennent qu’il s’agit en réalité d’une dent de narval.
De nos jours, la licorne reste une figure particulièrement inspirante et l’objet de nombreuses revendications, jusqu’à être représentée dans un écusson ukrainien de 2020 conservé au Museum Barberini de Potsdam comme symbole queer. La licorne est ainsi portée en étendard de la défense des valeurs d’inclusion et des minorités, face aux politiques de discrimination de l’ennemi russe. Elle est l’objet d’une relecture par les artistes d’aujourd’hui, qui y voient un animal exaltant la place de la femme ou posant la question de notre rapport à la nature et à l’écologie. L’exposition présente ainsi une Licorne de Niki de Saint Phalle et encore la tapisserie de Suzanne Husky, La noble pastorale, largement inspirée de la tenture de la Dame à la licorne, chef d’œuvre de la collection permanente du musée de Cluny.
L’exposition « Licornes ! » est organisée par le musée de Cluny – musée national du Moyen Âge et le GrandPalaisRmn, avec le Museum Barberini de Potsdam. Elle bénéficie de prêts d’institutions muséales internationales prestigieuses comme le Rijksmuseum d’Amsterdam, le musée national du Prado à Madrid, le Victoria and Albert museum de Londres, le Kunsthistorisches Museum de Vienne ou le musée du Louvre.
Commissaires
Béatrice de Chancel-Bardelot, Conservatrice générale au musée de Cluny (Paris)
Michael Philipp, Conservateur en chef au Museum Barberini (Potsdam, Allemagne).
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