Artistes présentés

 

Artistes historiques : Roy Adzak, César, Gérard Deschamps, François Dufrêne, Takis, Raymond Hains, Titina Ma- selli, Tetsumi Kudo, Jacques Monory, Daniel Pommereulle, Antonio Recalcati.

 

Artistes du collectif Bardaf : Cyrille Aron, Francesco Batistello, Jacques Caudrelier, Sadowczyk Cauwe, Carlin Diaz, Maxime Halot, Wout de Jonghe, Gabrielle Mogenet, Jacques di Piazza, Charlie Quinonero, Julia Renau- dot, Sergio Sauro, Clément Suanez, Félicien Umbreit, Loan Verbanck, Manon Viratelle, Joseph Winckler, Barbora Zilinskaite.

La galerie Lanzenberg et l’exposition de 1976

En mai 1976, Fred Lanzenberg, galeriste français installé depuis 10 ans à Bruxelles, soutenu dès ses débuts par Ilena Sonnabend, ouvre avec le poète et critique d’art Alain Jouffroy « le rendez-vous des Amis ». Le galeriste avait commencé par présenter des artistes pop avant de se tourner vers les nouveaux réalistes et d’autres confirmés de la scène française — Erró, Takis ou Fromanger. Dans la deuxième moitié des années 1970, Lanzenberg choisit de représenter des artistes plus émergents et souvent inclassables. C’est dans ce contexte de transition de son pro- gramme qu’il ouvre cette exposition.

Détournant le tableau peint par Max Ernst en 1922, Jouffroy remplace les visages des protagonistes par ceux des 22 artistes invités, pour mettre en avant l’amitié qui les relie, plutôt que les filiations formelles qui pourraint s’établir entre leurs œuvres. À l’heure où les mouvements artistiques s’essoufflent à la faveur de l’émergence de nouveaux individualismes encore en vigueur aujourd’hui, Jouffroy tente ici de redéfinir les liens entre les artistes qu’il réunit, privilégiant leurs liens de camaraderie dans la vie, dans un mouvement qui n’aurait pas besoin de manifeste. Affilié un temps aux surréalistes, Jouffroy a créé plusieurs groupes et sociétés secrètes, et il a joué un rôle important de passeur pour plusieurs générations d’artistes et de poètes. Avec cette exposition, il affirme le caractère essentiel des rapports personnels, de la subectivité et des échanges amicaux dans le processus créatif.

Le propos illustrait néanmoins un moment singulier dans le paysage artistique belge et européen — celui d’une effervescence figurative et narrative en réaction aux avant-gardes formalistes, dans la lignée des mouvements de la Nouvelle Figuration et de la Figuration narrative, apparus dès les années 1960 en France et en Belgique.

 

L’exposition de 2026 : mémoire et création en dialogue

Le Rendez-vous des Amis, 1976 – 2026 à la galerie Christophe Gaillard s’inscrit dans le prolongement direct de l’exposition éponyme et propose un dialogue entre mémoire et création, en confrontant œuvres historiques et productions contemporaines. Elle offre ainsi une double lecture : la redécouverte d’artistes dont le travail a durablement marqué l’histoire de l’art de la seconde moitié du XXe siècle, et une ouverture sur la jeune scène bruxelloise, incarnée par le collectif Bardaf, dont les ateliers constituent aujourd’hui l’un des foyers les plus actifs de la création émergente dans la capitale.

 

La continuité avec 1976 est aussi évidente que la rupture est franchement assumée. En naviguant entre ces deux temporalités, les visiteuses et les visiteurs sont invités à traverser un demi-siècle d’histoire artistique, à en mesurer les héritages, les déplacements et les résonances, et à appréhender ce que la notion d’amitié dans l’art — au sens d’une communauté élective, d’une éthique partagée du faire — peut encore signifier aujourd’hui.