Pascal Convert

10 Octobre - 21 Novembre 2026

La Galerie Christophe Gaillard a le plaisir de présenter la première exposition personnelle de Pascal Convert dans son espace parisien, du 10 octobre au 21 novembre 2026.

Vernissage : samedi 10 octobre 2026, 16h-20h

 

Une ode au bonheur

 

Et si l’art était un jeu d’enfant, un enfant qui a les cheveux blancs dès sa naissance et qui sait que son histoire sera celle d’un temps où le point de départ est aussi le point final, un point géométrique sans localisation précise. Un enfant qui vient parler de quelqu’un qui est mort. Lui, peut-être.

 

Il y a ceux qui s’occupent des vivants. Ils sont nombreux, fiers d’eux, ils rient. Fort. Je fais partie de cette minorité qui s’occupe des morts. Tous les matins je suis face au silence. Sur l’arbre, l’oiseau aiguise son cri vert, l’eau traîne avec douceur le lever du soleil vers cette mer qui est devenue un immense tombeau.

 

C’est dans ce décor qui obéit au rythme des marées qu’est née la légende de la création magique du verre, par le mariage du feu et du sable, comme l’espérance d’une résurrection. Les grands maîtres verriers  donnent le nom de « sang des chrétiens » au verre rouge, en mémoire de la passion du Christ dépouillé de sa divinité pour devenir homme, pauvre, souffrant. Musicienne du silence, Marie-Madeleine veille, visage baissé. Elle a mouillé ses cheveux gris perle aux plis de l’eau du Jourdain enveloppant le baptisé.

 

Devant elle, le sable prend alors une couleur grisaille où se dessine un immense géoglyphe. Le graphite qui le recouvre a un goût de verre à vous casser les dents. Droites, courbes, par dizaines, traces survivantes d’un salon orné de boiseries recouvertes de verre, l'Appartement de l’artiste jusque-là ouvert au renouveau de la lumière, s’est refermé sur lui-même comme on ferme un livre. Devenu plancher entouré de candélabres en cristal, il célèbre l’absence. Ramené du tombeau des Empires, d'Afghanistan, un linceul brodé est suspendu, immense carte qui permettrait de retrouver son chemin dans la géométrie de ce labyrinthe.

 

Après avoir descendu quelques marches et traversé une cour pavée, on entre dans un univers recouvert de croix couleur cendre, empreintes fragiles de murs de monastères arméniens, ces jardins des âmes pas encore détruits par l’armée azerbaïdjanaise au moment du retour de la destruction, du Haut-Karabakh à l’Ukraine, à Gaza...

 

Au centre, seize livres cristallisés content l’Histoire de France, ce pays qui a connu les royautés, l’empire, la révolution, la République. Et qui aujourd’hui est face à son destin, au moment où le passé n’est plus et l’avenir n’est pas encore.

 

Sur une photographie de verre, Lucie Aubrac, enfant au regard diaphane, silencieuse, sait qu’il faut toujours faire face même quand vient la massive nuit. Elle sait qu’au moment de la résistance, l’art est toujours une ode au bonheur.

 

Pascal Convert, septembre 2026